Africain(e)
AFRICAIN(E)
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Nous sommes noyés par la colonisation. Je ne vais pas parler du racisme ni du fait d’être « noir » mais « africain ». Je ne suis pas seule à le dire, nos cultures se perdent petit à petit dans l’essaim de modes et tendances extérieures. Nous souffrons de la colonisation sur notre physique, dans notre mental, dans nos habitudes, nos jugements et parfois sans le réaliser. Nous reléguons tout ce qui touche à l’Afrique à l’archaïque, au dépassé, ou encore à la mentalité figée.
Physiquement parlant, nous sommes très touchés et peut-être serait-il temps de réaliser que nous ne nous acceptons pas entièrement pour ce que nous sommes. A la télévision, dans les médias, sur les réseaux sociaux, nous apercevons des modèles caucasiens qui provoquent en nous des élans d’admiration, et nous trouvons ainsi qu’ils nous font de l’ombre.
Leurs nez n’ont rien à voir avec les nôtres et nombreux sont ceux ou celles qui auraient voulu un nez plus fin voir aquilin. Leur teint nous pose tout autant de soucis, ainsi que nos cheveux. La dépigmentation fait rage dans une Afrique où nous sommes presque persuadés qu’avoir le teint clair est pratiquement une bénédiction. Ceux qui sont clairs sont considérés comme plus beaux, plus « propres », et pire, on trouve que les peaux plus sombres sont vraiment « étranges », on s’en moque, sachant pertinemment bien que nous sommes tous aussi noirs. Pour subconsciemment ressembler au maître, le colon au teint blanc dont les marques sont encore fortement encrées dans les esprits, le noir use de produits capillaires dangereux pour son épiderme et cela, malgré les nombreuses sensibilisations à ce sujet, les exhortations à l’appréciation de cette couleur marron qui est censée faire notre fierté. Les cheveux aussi ne resteront pas en marge. Le défrisage consiste à lisser et pratiquement détruire la texture même des cheveux crépus, afin de les rendre raides, et nous avons parfois honte lorsque face à nos amis, nos cheveux cassent des peignes ou sont difficiles à manier, emmêlés et touffus comme une forêt dense.
Dans notre tête, et même si cette idée disparaît progressivement, le blanc était un peu cet être étrange à l’origine de toutes les innovations du monde, tandis que nous, africains, n’avions encore rien fait. De ce fait, tout ce qui vient de l’Occident nous semble meilleur.
Nous préférons alors consommer européen parce que cela fait « personne évoluée » ou pleine de ressources permettant de s’offrir quelque chose de l’étranger. Pourtant, « blanc » ne signifie pas foncièrement « bon ».
Nous trouvons que nos cultures sont inutiles et dépassées, et nous supprimons des cérémonies ou des fêtes de nos peuples en y assistant pas, au lieu de les réinventer. Certaines traditions sont ainsi délaissées et meurent à petit feu, alors que nous préférons embrasser celles de l’ex-colonisateur ainsi que ses manières car elles sont nettement plus « civilisées » à ce qu’il paraît. Puis, la norme occidentale prend plus de poids dans nos esprits, et nous nous habillons comme eux, nous mangeons comme eux, nous dormons comme eux. Par exemple, la tradition de la robe blanche lors des mariages. D’où nous vient-elle ? Cela n'est pas sans rappeler toutes les beautés traditionnelles qui émergent normalement du cadre africanisé.
Ce n’est pas notre faute, nous avons été colonisés « mentalement » et beaucoup d’autres peuples sous l’influence occidentale réagissent de la même manière. L’occident est reconnu comme une norme.
En tant que noire africaine, je voudrais pourtant que les Africains puissent être fiers de ce patrimoine énorme, que ce soit au niveau culturel ou social. Je voudrais que nous puissions être fiers de cette chevelure crépue, difficile à entretenir, mais si imposante, comme la crinière d’un lion. Je voudrais que nous encouragions toutes ces personnes qui voient en nous et notre culture de puissants atouts de développement mondial, en consommant les produits fabriqués ici, en consommant régional. Je veux que les filles des autres générations à venir puisse, par exemple, avoir part à leur cérémonie de passage à l’âge adulte, comme il en est de coutume dans ma tribu ethnique, et j’ai peur qu’on ne trouve cela inutile alors qu’avec ce genre de traditions, je me sens plus rattachée à mes origines. Je crains aussi de voir nos habitudes africaines et nos petites règles à nous disparaître sous la pression du monde occidental « moderne ». Je voudrais connaître l’histoire de mon peuple avec plus de profondeur, voir ma langue ethnique continuer de vivre malgré les âges, avoir la possibilité de visiter des sites ou musées bien entretenus pour garder la trace de mes ancêtres. Je désire pouvoir porter un pagne traditionnel et être néanmoins jugée comme étant une personne sérieuse et professionnelle, en quittant mes habituelles vestes toutes noires venues encore des principes sociétaires occidentaux pour me rendre à une réunion. Je ne veux pas me sentir "grandie" à chaque fois que je mangerai une nourriture de là-bas, mais simplement être heureuse de goûter à de nouvelles saveurs.
Je veux être entièrement africaine noire, et fière de l’être.
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